Alors il écarta un peu de lui la tête mignonne et frisée pour la regarder avec passion. Il la contemplait avidement, éperdument, se grisant à la voir, et répétant toujours: «Oh! mon petit... mon petit Georges!...»

Il pensa soudain: «S’il ressemblait à Limousin... pourtant!»

Ce fut en lui quelque chose d’étrange, d’atroce, une poignante et violente sensation de froid dans tout son corps, dans tous ses membres, comme si ses os, tout à coup, fussent devenus de glace. Oh! s’il ressemblait à Limousin!... et il continuait à regarder Georges qui riait maintenant. Il le regardait avec des yeux éperdus, troubles, hagards. Et il cherchait dans le front, dans le nez, dans la bouche, dans les joues, s’il ne retrouvait pas quelque chose du front, du nez, de la bouche ou des joues de Limousin.

Sa pensée s’égarait comme lorsqu’on devient fou; et le visage de son enfant se transformait sous son regard, prenait des aspects bizarres, des ressemblances invraisemblables.

Julie avait dit: «Un aveugle ne s’y tromperait pas.» Il y avait donc quelque chose de frappant, quelque chose d’indéniable! Mais quoi? Le front? Oui, peut-être? Cependant Limousin avait le front plus étroit! Alors la bouche? Mais Limousin portait toute sa barbe! Comment constater les rapports entre ce gras menton d’enfant et le menton poilu de cet homme?

Parent pensait: «Je n’y vois pas, moi, je n’y vois plus; je suis trop troublé; je ne pourrais rien reconnaître maintenant... Il faut attendre; il faudra que je le regarde bien demain matin, en me levant.»

Puis il songea: «Mais s’il me ressemblait, à moi, je serais sauvé, sauvé!»

Et il traversa le salon en deux enjambées pour aller examiner dans la glace la face de son enfant à côté de la sienne.

Il tenait Georges assis sur son bras, afin que leurs visages fussent tout proches, et il parlait haut tant son égarement était grand. «Oui... nous avons le même nez... le même nez... peut-être... ce n’est pas sûr... et le même regard... Mais non, il a les yeux bleus... Alors... oh! mon Dieu!... mon Dieu!... mon Dieu!... je deviens fou!... Je ne veux plus voir... je deviens fou!...»

Il se sauva loin de la glace, à l’autre bout du salon, tomba sur un fauteuil, posa le petit sur un autre, et il se mit à pleurer. Il pleurait par grands sanglots désespérés. Georges, effaré d’entendre gémir son père, commença aussitôt à hurler.