Que faire? Mon Dieu, que faire? J’aurais payé cinq cents francs l’idée d’une distraction quelconque? Me trouvant à sec d’inventions, je me décidai, tout simplement, à fumer un bon cigare et je cherchai le bureau de tabac. Je le reconnus bientôt à sa lanterne rouge, j’entrai. La marchande me tendit plusieurs boîtes au choix; ayant regardé les cigares, que je jugeai détestables, je considérai, par hasard, la patronne.
C’était une femme de quarante-cinq ans environ, forte et grisonnante. Elle avait une figure grasse, respectable, en qui il me sembla trouver quelque chose de familier. Pourtant je ne connaissais point cette dame! Non, je ne la connaissais pas assurément! Mais ne se pouvait-il faire que je l’eusse rencontrée? Oui, c’était possible! Ce visage-là devait être une connaissance de mon œil, une vieille connaissance perdue de vue, et changée, engraissée énormément sans doute.
Je murmurai:
—Excusez-moi, madame, de vous examiner ainsi, mais il me semble que je vous connais depuis longtemps.
Elle répondit en rougissant:
—C’est drôle... Moi aussi.
Je poussai un cri:
—Ah? Ça ira!
Elle leva ses deux mains avec un désespoir comique, épouvantée de ce mot et balbutiant:
—Oh! oh! Si on vous entendait...