—Vous a-t-on assez fait la cour, ce soir?

Elle le considéra dans les yeux, le regard allumé d’une flamme de triomphe et de défi, et répondit:

—Je l’espère bien!

Puis elle s’assit à sa place. Il se mit en face d’elle et reprit en cassant une brioche:

—C’en était presque ridicule... pour moi!

Elle demanda:

—Est-ce une scène? avez-vous l’intention de me faire des reproches?

—Non, ma chère amie, je dis seulement que ce M. Burel a été presque inconvenant auprès de vous. Si... si... si j’avais eu des droits... je me serais fâché.

—Mon cher ami, soyez franc. Vous ne pensez plus aujourd’hui comme vous pensiez l’an dernier, voilà tout. Quand j’ai su que vous aviez une maîtresse, une maîtresse que vous aimiez, vous ne vous occupiez guère si on me faisait ou si on ne me faisait pas la cour. Je vous ai dit mon chagrin, j’ai dit, comme vous ce soir, mais avec plus de raison: Mon ami, vous compromettez Mᵐᵉ de Servy, vous me faites de la peine et vous me rendez ridicule. Qu’avez-vous répondu? Oh! vous m’avez parfaitement laissé entendre que j’étais libre, que le mariage, entre gens intelligents, n’était qu’une association d’intérêts, un lien social, mais non un lien moral. Est-ce vrai? Vous m’avez laissé comprendre que votre maîtresse était infiniment mieux que moi, plus séduisante, plus femme! Vous avez dit: plus femme. Tout cela était entouré, bien entendu, de ménagements d’homme bien élevé, enveloppé de compliments, énoncé avec une délicatesse à laquelle je rends hommage. Je n’en ai pas moins parfaitement compris.

Il a été convenu que nous vivrions désormais ensemble, mais complètement séparés. Nous avions un enfant qui formait entre nous un trait d’union.