—Mais, ma chère amie, nous t’attendions. Je ne voulais pas dîner sans toi. Comme tu rentres tous les jours en retard, je pensais que tu allais revenir d’un moment à l’autre.

Elle lança dans un fauteuil son chapeau, gardé jusque-là sur sa tête, et, la voix nerveuse:

—Vraiment, c’est intolérable d’avoir affaire à des gens qui ne comprennent rien, qui ne devinent rien, qui ne savent rien faire par eux-mêmes. Alors, si j’étais rentrée à minuit, l’enfant n’aurait rien mangé du tout. Comme si tu n’aurais pas pu comprendre, après sept heures et demie passées, que j’avais eu un empêchement, un retard, une entrave!...

Parent tremblait, sentant la colère le gagner; mais Limousin s’interposa et, se tournant vers la jeune femme:

—Vous êtes tout à fait injuste, ma chère amie. Parent ne pouvait pas deviner que vous rentreriez si tard, ce qui ne vous arrive jamais; et puis, comment vouliez-vous qu’il se tirât d’affaire tout seul, après avoir renvoyé Julie?

Mais Henriette, exaspérée, répondit:

—Il faudra pourtant bien qu’il se tire d’affaire, car je ne l’aiderai pas. Qu’il se débrouille!

Et elle entra brusquement dans sa chambre, oubliant déjà que son fils n’avait point mangé.

Alors Limousin, tout à coup, se multiplia pour aider son ami. Il ramassa et enleva les verres brisés qui couvraient la table, remit le couvert et assit l’enfant sur son petit fauteuil à grands pieds, pendant que Parent allait chercher la femme de chambre pour se faire servir par elle.

Elle arriva étonnée, n’ayant rien entendu dans la chambre de Georges où elle travaillait.