Henriette fut heureuse d’entendre que cet homme savait le nom de son mari.

Ils s’assirent, côte à côte, sur le canapé et commencèrent à manger.

Dix bougies les éclairaient, reflétées dans une grande glace ternie par des milliers de noms tracés au diamant et qui jetaient sur le cristal clair une sorte d’immense toile d’araignée.

Henriette buvait coup sur coup pour s’animer, bien qu’elle se sentît étourdie dès les premiers verres. Paul, excité par des souvenirs, baisait à tous moments la main de sa femme. Ses yeux brillaient.

Elle se sentait étrangement émue par ce lieu suspect, agitée, contente, un peu souillée mais vibrante. Deux valets graves, muets, habitués à tout voir et à tout oublier, à n’entrer qu’aux instants nécessaires, et à sortir aux minutes d’épanchement, allaient et venaient vite et doucement.

Vers le milieu du dîner, Henriette était grise, tout à fait grise, et Paul, en gaieté, lui pressait le genou de toute sa force. Elle bavardait maintenant, hardie, les joues rouges, le regard vif et noyé.

—Oh! voyons, Paul, confesse-toi, tu sais je voudrais tout savoir?

—Quoi donc, ma chérie?

—Je n’ose pas te dire.

—Dis toujours...