Il replaça délicatement le mouchoir: «Je n’ai rien à faire; elle est morte depuis douze heures au moins. Il faut prévenir le parquet.»
Renardet, debout, les mains derrière le dos, regardait d’un œil fixe le petit corps étalé sur l’herbe. Il murmura: «Quel misérable! Il faudrait retrouver les vêtements.»
Le médecin tâtait les mains, les bras, les jambes. Il dit: «Elle venait sans doute de prendre un bain. Ils doivent être au bord de l’eau.»
Le maire ordonna: «Toi, Principe (c’était le secrétaire de la mairie), tu vas me chercher ces hardes-là le long du ruisseau. Toi, Maxime (c’était le garde champêtre), tu vas courir à Roüy-le-Tors et me ramener le juge d’instruction avec la gendarmerie. Il faut qu’ils soient ici dans une heure. Tu entends.»
Les deux hommes s’éloignèrent vivement et Renardet dit au docteur: «Quel gredin a bien pu faire un pareil coup dans ce pays-ci?
Le médecin murmura: «Qui sait? Tout le monde est capable de ça. Tout le monde en particulier et personne en général. N’importe, ça doit être quelque rôdeur, quelque ouvrier sans travail. Depuis que nous sommes en République, on ne rencontre que ça sur les routes.»
Tous deux étaient bonapartistes.
Le maire reprit: «Oui, ça ne peut être qu’un étranger, un passant, un vagabond sans feu ni lieu...»
Le médecin ajouta avec une apparence de sourire: «Et sans femme. N’ayant ni bon souper ni bon gîte, il s’est procuré le reste. On ne sait pas ce qu’il y a d’hommes sur la terre capables d’un forfait à un moment donné. Saviez-vous que cette petite avait disparu?»
Et du bout de sa canne, il touchait l’un après l’autre les doigts roidis de la morte, appuyant dessus comme sur les touches d’un piano.