Ils se mirent à marcher côte à côte, et suivis des deux hommes. Leurs pas, sur la mousse, ne faisaient aucun bruit; leurs yeux cherchaient, là-bas, devant eux.
Le docteur Labarbe tendit le bras tout à coup: «Tenez, le voilà!»
Très loin, sous les arbres, on apercevait quelque chose de clair. S’ils n’avaient point su ce que c’était, ils ne l’auraient pas deviné. Cela semblait luisant et si blanc qu’on l’eût pris pour un linge tombé; car un rayon de soleil glissé entre les branches illuminait la chair pâle d’une grande raie oblique à travers le ventre. En approchant, ils distinguaient peu à peu la forme, la tête voilée, tournée vers l’eau et les deux bras écartés comme par un crucifiement.
—J’ai rudement chaud, dit le maire.
Et, se baissant vers la Brindille, il y trempa de nouveau son mouchoir qu’il replaça encore sur son front.
Le médecin hâtait le pas, intéressé par la découverte. Dès qu’il fut auprès du cadavre, il se pencha pour l’examiner, sans y toucher. Il avait mis un pince-nez comme lorsqu’on regarde un objet curieux, et tournait autour tout doucement.
Il dit sans se redresser: «Viol et assassinat que nous allons constater tout à l’heure. Cette fillette est d’ailleurs presque une femme, voyez sa gorge.»
Les deux seins, assez forts déjà, s’affaissaient sur la poitrine, amollis par la mort.
Le médecin ôta légèrement le mouchoir qui couvrait la face. Elle apparut noire, affreuse, la langue sortie, les yeux saillants. Il reprit: «Parbleu, on l’a étranglée une fois l’affaire faite.»
Il palpait le cou: «Etranglée avec les mains sans laisser d’ailleurs aucune trace particulière, ni marque d’ongle ni empreinte de doigt. Très bien. C’est la petite Roque, en effet.»