A l’horizon, entre deux fermes, on apercevait une charrue que traînait un cheval et que poussait un homme. Ils passaient tout doucement, la bête, l’instrument et le laboureur, sur le ciel terne du soir.

La femme reprit:

—Alors, qué qu’i dit, ton pé?

—I dit qu’i n’ veut point.

—Pourquoi ça qu’i n’ veut point?

Le garçon montra d’un geste l’enfant qu’il venait de remettre à terre, puis d’un regard il indiqua l’homme qui poussait la charrue, là-bas.

Et il prononça: «Parce que c’est à li, ton éfant.»

La fille haussa les épaules, et d’un ton colère: «Pardi, tout l’ monde le sait ben qu’ c’est à Victor. Et pi après? j’ai fauté! j’ suis-ti la seule? Ma mé aussi avait fauté, avant mé, et pi la tienne itou, avant d’épouser ton pé! Qui ça qui n’a point fauté dans l’ pays? J’ai fauté avec Victor, vu qu’i m’a prise dans la grange comme j’ dormais, ça, c’est vrai; et pi j’ai r’ fauté que je n’ dormais point. J’ l’aurais épousé pour sûr, n’eût-il point été un serviteur. J’ suis-t-i moins vaillante pour ça?

L’homme dit simplement:

—Mé, j’ te veux ben telle que t’es, avec ou sans l’éfant. N’y a que mon pé qui m’oppose. J’ verrons tout d’ même à régler ça.