Elle reprit:
—Va t’en vé l’ curé à c’t’ heure.
—J’y vas.
Et il se remit en route de son pas lourd de paysan; tandis que la fille, les mains sur les hanches, retournait piquer son colza.
En effet, l’homme qui s’en allait ainsi, Césaire Houlbrèque, le fils du vieux sourd Amable Houlbrèque, voulait épouser, malgré son père, Céleste Lévesque, qui avait eu un enfant de Victor Lecoq, simple valet employé alors dans la ferme de ses parents et mis dehors pour ce fait.
Aux champs, d’ailleurs, les hiérarchies de caste n’existent point, et si le valet est économe, il devient, en prenant une ferme à son tour, l’égal de son ancien maître.
Césaire Houlbrèque s’en allait donc, un fouet sous le bras, ruminant ses idées, et soulevant l’un après l’autre ses lourds sabots englués de terre. Certes il voulait épouser Céleste Lévesque, il la voulait avec son enfant, parce que c’était la femme qu’il lui fallait. Il n’aurait pas su dire pourquoi; mais il le savait, il en était sûr. Il n’avait qu’à la regarder pour en être convaincu, pour se sentir tout drôle, tout remué, comme abêti de contentement. Ça lui faisait même plaisir d’embrasser le petit, le petit de Victor, parce qu’il était sorti d’elle.
Et il regardait, sans haine, le profil lointain de l’homme qui poussait sa charrue sur le bord de l’horizon.
Mais le père Amable ne voulait pas de ce mariage. Il s’y opposait avec un entêtement de sourd, avec un entêtement furieux.
Césaire avait beau lui crier dans l’oreille, dans celle qui entendait encore quelques sons: