—J’ vous soignerons ben, mon pé. J’ vous dis que c’est une bonne fille et pi vaillante, et pi d’épargne.
Le vieux répétait:—Tant que j’ vivrai, j’ verrai point ça.
Et rien ne pouvait le vaincre, rien ne pouvait fléchir sa rigueur. Un seul espoir restait à Césaire. Le père Amable avait peur du curé par appréhension de la mort qu’il sentait approcher. Il ne redoutait pas beaucoup le bon Dieu, ni le diable, ni l’enfer, ni le purgatoire, dont il n’avait aucune idée, mais il redoutait le prêtre, qui lui représentait l’enterrement, comme on pourrait redouter les médecins par horreur des maladies. Depuis huit jours Céleste, qui connaissait cette faiblesse du vieux, poussait Césaire à aller trouver le curé; mais Césaire hésitait toujours, parce qu’il n’aimait point beaucoup non plus les robes noires, qui lui représentaient, à lui, des mains toujours tendues pour des quêtes ou pour le pain bénit.
Il venait pourtant de se décider et il s’en allait vers le presbytère, en songeant à la façon dont il allait conter son affaire.
L’abbé Raffin, un petit prêtre vif, maigre et jamais rasé, attendait l’heure de son dîner en se chauffant les pieds au feu de sa cuisine.
Dès qu’il vit entrer le paysan, il demanda, en tournant seulement la tête:
—Eh bien, Césaire, qu’est-ce que tu veux?
—J’ voudrais vous causer, m’sieu l’ curé.
L’homme restait debout, intimidé, tenant sa casquette d’une main et son fouet de l’autre.
—Eh bien, cause.