—Tu t’ f’ras du mal, à la longue.
Il répondait:—Pour sûr non, ça me connaît.
Un soir, pourtant, il rentra si fatigué qu’il dut se coucher sans souper. Il se leva à l’heure ordinaire le lendemain; mais il ne put manger, malgré son jeûne de la veille; et il dut rentrer au milieu de l’après-midi pour se reposer de nouveau. Dans la nuit, il se mit à tousser; et il se retournait sur sa paillasse, fiévreux, le front brûlant, la langue sèche, dévoré d’une soif ardente.
Il alla pourtant jusqu’à ses terres au point du jour; mais le lendemain on dut appeler le médecin qui le jugea fort malade, atteint d’une fluxion de poitrine.
Et il ne quitta plus la niche obscure qui lui servait de couche. On l’entendait tousser, haleter et remuer au fond de ce trou. Pour le voir, pour lui donner les drogues, lui poser les ventouses, il fallait apporter une chandelle à l’entrée. On apercevait alors sa tête creuse, salie par sa barbe longue, au-dessous d’une dentelle épaisse de toiles d’araignées qui pendaient et flottaient, remuées par l’air. Et les mains du malade semblaient mortes sur les draps gris.
Céleste le soignait avec une activité inquiète, lui faisait boire les remèdes, lui appliquait les vésicatoires, allait et venait par la maison; tandis que le père Amable restait au bord de son grenier, guettant de loin le creux sombre où agonisait son fils. Il n’en approchait point, par haine de la femme, boudant comme un chien jaloux.
Six jours encore se passèrent; puis un matin, comme Céleste, qui dormait maintenant par terre sur deux bottes de paille défaites, allait voir si son homme se portait mieux, elle n’entendit plus son souffle rapide sortir de sa couche profonde. Effrayée, elle demanda:
—Eh ben, Césaire, qué que tu dis anuit?
Il ne répondit pas.
Elle étendit la main pour le toucher et rencontra la chair glacée de son visage. Elle poussa un grand cri, un long cri de femme épouvantée. Il était mort.