A ce cri, le vieux sourd apparut au haut de son échelle; et comme il vit Céleste s’élancer dehors pour chercher du secours, il descendit vivement, tâta à son tour la figure de son fils et, comprenant soudain, alla fermer la porte en dedans, pour empêcher la femme de rentrer et reprendre possession de sa demeure, puisque son fils n’était plus vivant.

Puis il s’assit sur une chaise à côté du mort.

Des voisins arrivaient, appelaient, frappaient. Il ne les entendait pas. Un d’eux cassa la vitre de la fenêtre et sauta dans la chambre. D’autres le suivirent; la porte de nouveau fut ouverte, et Céleste reparut, pleurant toutes ses larmes, les joues enflées et les yeux rouges. Alors le père Amable, vaincu, sans dire un mot, remonta dans son grenier.

L’enterrement eut lieu le lendemain; puis, après la cérémonie, le beau-père et la belle-fille se trouvèrent seuls dans la ferme, avec l’enfant.

C’était l’heure ordinaire du dîner. Elle alluma le feu, tailla la soupe, posa les assiettes sur la table, tandis que le vieux, assis sur une chaise, attendait, sans paraître la regarder.

Quand le repas fut prêt, elle lui cria dans l’oreille:

—Allons, mon pé, faut manger.

Il se leva, prit place au bout de la table, vida son pot, mâcha son pain verni de beurre, but ses deux verres de cidre, puis s’en alla.

C’était un de ces jours tièdes, un de ces jours bienfaisants où la vie fermente, palpite, fleurit sur toute la surface du sol.

Le père Amable suivait un petit sentier à travers les champs. Il regardait les jeunes blés et les jeunes avoines, en songeant que son éfant était sous terre à présent, son pauvre éfant. Il s’en allait de son pas usé, traînant la jambe et boitillant. Et comme il était tout seul dans la plaine, tout seul sous le ciel bleu, au milieu des récoltes grandissantes, tout seul avec les alouettes qu’il voyait planer sur sa tête, sans entendre leur chant léger, il se mit à pleurer en marchant.