Un vent froid, sec, un vent de glace lui passait sur la face. Il l’aspirait avidement, la bouche ouverte, buvant sa caresse gelée. Le ciel était rouge, d’un rouge ardent, d’un rouge d’hiver, et toute la plaine blanche de givre brillait sous les premiers rayons du soleil, comme si elle eût été poudrée de verre pilé. Renardet, debout, nu-tête, regardait le vaste pays, les prairies à gauche, à droite le village dont les cheminées commençaient à fumer pour le repas du matin.

A ses pieds il voyait couler la Brindille, dans les roches où il s’écraserait tout à l’heure. Il se sentait renaître dans cette belle aurore glacée, et plein de force, plein de vie. La lumière le baignait, l’entourait, le pénétrait comme une espérance. Mille souvenirs l’assaillaient, des souvenirs de matins pareils, de marche rapide sur la terre dure qui sonnait sous les pas, de chasses heureuses au bord des étangs où dorment les canards sauvages. Toutes les bonnes choses qu’il aimait, les bonnes choses de l’existence accouraient dans son souvenir, l’aiguillonnaient de désirs nouveaux, réveillaient tous les appétits vigoureux de son corps actif et puissant.

Et il allait mourir? Pourquoi? il allait se tuer subitement, parce qu’il avait peur d’une ombre? peur de rien? Il était riche et jeune encore! Quelle folie! Mais il lui suffisait d’une distraction, d’une absence, d’un voyage pour oublier! Cette nuit même, il ne l’avait pas vue, l’enfant, parce que sa pensée, préoccupée, s’était égarée sur autre chose. Peut-être ne la reverrait-il plus? Et si elle le hantait encore dans cette maison, certes, elle ne le suivrait pas ailleurs! La terre était grande, et l’avenir long! Pourquoi mourir?

Son regard errait sur les prairies, et il aperçut une tache bleue dans le sentier le long de la Brindille. C’était Médéric qui s’en venait apporter les lettres de la ville et emporter celles du village.

Renardet eut un sursaut, la sensation d’une douleur le traversant, et il s’élança dans l’escalier tournant pour reprendre sa lettre, pour la réclamer au facteur. Peu lui importait d’être vu, maintenant; il courait à travers l’herbe où moussait la glace légère des nuits, et il arriva devant la boîte, au coin de la ferme, juste en même temps que le piéton.

L’homme avait ouvert la petite porte de bois et prenait les quelques papiers déposés là par les habitants du pays.

Renardet lui dit:

—Bonjour, Médéric.

—Bonjour, m’sieu le maire.

—Dites donc, Médéric, j’ai jeté à la boîte une lettre dont j’ai besoin. Je viens vous demander de me la rendre.