Je faillis me jeter à l’eau. J’étais fou! J’errai jusqu’au jour, puis je revins chez moi pour réfléchir.

Je fis alors ce qui me parut le plus sage: je priai un notaire d’appeler cette petite et de lui demander dans quelles conditions sa mère lui avait remis le portrait de celui qu’elle supposait être son père, me disant chargé de ce soin par un ami.

Le notaire exécuta mes ordres. C’est à son lit de mort que cette femme avait désigné le père de sa fille, et devant un prêtre qu’on me nomma.

Alors, toujours au nom de cet ami inconnu, je fis remettre à cet enfant la moitié de ma fortune, cent quarante mille francs environ, dont elle ne peut toucher que la rente, puis je donnai ma démission de mon emploi, et me voici.

En errant sur ce rivage, j’ai trouvé ce mont et je m’y suis arrêté... jusques à quand... je l’ignore!

Que pensez-vous de moi... et de ce que j’ai fait?

Je répondis en lui tendant la main:

—Vous avez fait ce que vous deviez faire. Bien d’autres eussent attaché moins d’importance à cette odieuse fatalité.

Il reprit: «Je le sais, mais, moi, j’ai failli en devenir fou. Il paraît que j’avais l’âme sensible sans m’en être jamais douté. Et j’ai peur de Paris, maintenant, comme les croyants doivent avoir peur de l’enfer. J’ai reçu un coup sur la tête, voilà tout, un coup comparable à la chute d’une tuile quand on passe dans la rue. Je vais mieux depuis quelque temps.»

Je quittai mon solitaire. J’étais fort troublé par son récit.