Le maire demanda: «Qu’y a-t-il donc, Médéric?
—J’ai trouvé une p’tite fille morte sous vot’ futaie.»
Renardet se dressa, le visage couleur de brique:
—Vous dites... Une petite fille?
—Oui m’sieu, une p’tite fille, toute nue, sur le dos, avec du sang, morte, bien morte.
Le maire jura: «Nom de Dieu; je parie que c’est la petite Roque. On vient de me prévenir qu’elle n’était pas rentrée hier soir chez sa mère. A quel endroit l’avez-vous découverte?»
Le facteur expliqua la place, donna des détails, offrit d’y conduire le maire.
Mais Renardet devint brusque: «Non. Je n’ai pas besoin de vous. Envoyez-moi tout de suite le garde champêtre, le secrétaire de la mairie et le médecin, et continuez votre tournée. Vite, vite, allez, et dites-leur de me rejoindre sous la futaie.»
Le piéton, homme de consigne, obéit et se retira, furieux et désolé de ne pas assister aux constatations.
Le maire sortit à son tour, prit son chapeau, un grand chapeau mou, de feutre gris, à bords très larges, et s’arrêta quelques secondes sur le seuil de sa demeure. Devant lui s’étendait un vaste gazon où éclataient trois grandes taches, rouge, bleue et blanche, trois larges corbeilles de fleurs épanouies, l’une en face de la maison et les autres sur les côtés. Plus loin, se dressaient jusqu’au ciel les premiers arbres de la futaie, tandis qu’à gauche, par-dessus la Brindille élargie en étang, on apercevait de longues prairies, tout un pays vert et plat, coupé par des rigoles et des haies de saules pareils à des monstres, nains, trapus, toujours ébranchés, et portant sur un tronc énorme et court un plumeau frémissant de branches minces.