—Voilà, certes, un des plus rares spectacles qu’il m’ait été donné d’admirer.
J’ai vu le Mont-Saint-Michel, ce bijou monstrueux de granit, sortir des sables au jour levant.
J’ai vu, dans le Sahara, le lac de Raïanechergui, long de cinquante kilomètres, luire sous une lune éclatante comme nos soleils et exhaler vers elle une nuée blanche pareille à une fumée de lait.
J’ai vu, dans les îles Lipari, le fantastique cratère de soufre du Volcanello, fleur géante qui fume et qui brûle, fleur jaune démesurée, épanouie en pleine mer et dont la tige est un volcan.
Eh bien, je n’ai rien vu de plus surprenant qu’Antibes debout sur les Alpes au soleil couchant.
Et je ne sais pourquoi des souvenirs antiques me hantent; des vers d’Homère me reviennent en tête; c’est une ville du vieil Orient, ceci, c’est une ville de l’Odyssée, c’est Troie! bien que Troie fût loin de la mer.
M. Martini tira de sa poche le guide Sarty et lut: «Cette ville fut à son origine une colonie fondée par les Phocéens de Marseille, vers l’an 340 avant J.-C. Elle reçut d’eux le nom grec d’Antipolis, c’est-à-dire «contre-ville», ville en face d’une autre, parce qu’en effet elle se trouve opposée à Nice, autre colonie marseillaise.
«Après la conquête des Gaules, les Romains firent d’Antibes une ville municipale; ses habitants jouissaient du droit de cité romaine.
«Nous savons, par une épigramme de Martial, que, de son temps...»
Il continuait. Je l’arrêtai: «Peu m’importe ce qu’elle fut. Je vous dis que j’ai sous les yeux une ville de l’Odyssée. Côte d’Asie ou côte d’Europe, elles se ressemblaient sur les deux rivages; et il n’en est point, sur l’autre bord de la Méditerranée, qui éveille en moi, comme celle-ci, le souvenir des temps héroïques.»