Ce beau médecin, en quelques jours, devint le point de mire de tous les malades. Et toutes les ruses étaient employées pour lui arracher quelques avis.
Quand il passait par les allées du parc, à l’heure de la promenade, on n’entendait que ce cri: «Docteur!» sur toutes les chaises où étaient assises les belles dames, les jeunes dames, qui se reposaient un peu, entre deux verres de la source Christiane. Puis lorsqu’il s’était arrêté, un sourire sur la lèvre, on l’entraînait quelques instants dans le petit chemin qui longeait la rivière.
On lui parlait d’abord de choses et d’autres, puis discrètement, adroitement, coquettement, on arrivait à la question de santé, mais d’une façon indifférente comme si on eût touché à un fait-divers.
Car il n’était point, celui-là, à la dévotion du public. On ne le payait pas, on ne pouvait l’appeler chez soi, il appartenait à la duchesse, rien qu’à la duchesse. Cette situation même excitait les efforts, irritait les désirs. Et comme on affirmait tout bas que la duchesse était jalouse, très jalouse, ce fut entre toutes ces dames une lutte acharnée pour obtenir les conseils du joli docteur italien.
Il les donnait sans se faire trop prier.
Alors, entre les femmes qu’il avait favorisées de ses avis, commença le jeu des confidences intimes pour prouver sa sollicitude.
—Oh! ma chère, il m’a fait des questions, mais des questions...
—Très indiscrètes?
—Oh! indiscrètes! Dites effrayantes. Je ne savais absolument que répondre. Il voulait savoir des choses... mais des choses...
—C’est comme pour moi. Il m’a beaucoup interrogée sur mon mari!...