Gontran répliqua, très calme:
—Alors je les accepte comme acompte.
L’autre lui tapa sur l’épaule sans répondre.
Ils arrivaient auprès du parc éclairé par des lampions pendus aux branches des arbres. L’orchestre du Casino jouait un air classique et lent, qui semblait boiteux, plein de trous et de silences, exécuté par les quatre mêmes artistes, exténués de jouer toujours, matin et soir, dans cette solitude, pour les feuilles et le ruisseau, de produire l’effet de vingt instruments, et las aussi de n’être guère payés à la fin du mois, Petrus Martel complétant toujours leur traitement avec des paniers de vin ou des litres de liqueurs que ne consommeraient jamais les baigneurs.
A travers le bruit du concert, on distinguait aussi celui du billard, le heurt des billes et les voix annonçant: «Vingt, vingt et un, vingt-deux.»
Andermatt et Gontran montèrent. Seuls, M. Aubry-Pasteur et le docteur Honorat buvaient leur café à côté des musiciens. Petrus Martel et Lapalme jouaient leur partie acharnée; et la caissière se réveilla pour demander:
—Qu’est-ce que désirent ces messieurs?
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IV
LES deux Oriol avaient longtemps causé après que les petites s’étaient couchées. Émus et excités par la proposition d’Andermatt, ils cherchaient les moyens d’allumer davantage son désir, sans compromettre leurs intérêts. En paysans précis, pratiques, ils pesaient avec sagesse toutes les chances, comprenant fort bien que, dans un pays où les sources minérales jaillissent le long de tous les ruisseaux, il ne fallait pas repousser, par une demande exagérée, cet amateur inattendu, impossible à retrouver. Et cependant il ne fallait pas non plus lui laisser entièrement entre les mains cette source qui pouvait donner un jour un flot d’argent liquide, Royat et Châtel-Guyon leur servant d’enseignement.