Il avait un tic gênant: la manie de cacher ses mains. Presque jamais il ne les laissait errer, comme nous faisons tous sur les objets, sur les tables. Jamais il ne maniait les choses traînantes avec ce geste familier qu’ont presque tous les hommes. Jamais il ne les laissait nues, ses longues mains osseuses, fines, un peu fébriles.
Il les enfonçait dans ses poches, sous les revers de ses aisselles en croisant les bras. On eût dit qu’il avait peur qu’elles ne fissent, malgré lui, quelque besogne défendue, qu’elles n’accomplissent quelque action honteuse ou ridicule s’il les laissait libres et maîtresses de leurs mouvements.
Quand il était obligé de s’en servir pour tous les usages ordinaires de la vie, il le faisait par saccades brusques, par élans rapides du bras comme s’il n’eût pas voulu leur laisser le temps d’agir par elles-mêmes, de se refuser à sa volonté, d’exécuter autre chose. A table, il saisissait son verre, sa fourchette ou son couteau si vivement qu’on n’avait jamais le temps de prévoir ce qu’il voulait faire avant qu’il ne l’eût accompli.
Or, j’eus un soir l’explication de la surprenante maladie de son âme.
Il venait passer de temps en temps quelques jours chez moi, à la campagne, et ce soir-là il me paraissait particulièrement agité!
Un orage montait dans le ciel, étouffant et noir, après une journée d’atroce chaleur. Aucun souffle d’air ne remuait les feuilles. Une vapeur chaude de four passait sur les visages, faisait haleter les poitrines. Je me sentais mal à l’aise, agité, et je voulus gagner mon lit.
Quand il me vit me lever pour partir, Jacques Parent me saisit le bras d’un geste effaré.
—Oh! non, reste encore un peu, me dit-il.
Je le regardai avec surprise en murmurant:
—C’est que cet orage me secoue les nerfs.