Il gémit, ou plutôt il cria:
—Et moi donc! Oh! reste, je te prie; je ne voudrais pas demeurer seul.
Il avait l’air affolé.
Je prononçai:
—Qu’est-ce que tu as? Perds-tu la tête?
Et il balbutia:
—Oui, par moments, dans les soirs comme celui-ci, dans les soirs d’électricité... j’ai... j’ai... j’ai peur... j’ai peur de moi... tu ne me comprends pas? C’est que je suis doué d’un pouvoir... non... d’une puissance... non... d’une force... Enfin je ne sais pas dire ce que c’est, mais j’ai en moi une action magnétique si extraordinaire que j’ai peur, oui, j’ai peur de moi, comme je te le disais tout à l’heure!
Et il cachait, avec des frissons éperdus, ses mains vibrantes sous les revers de sa jaquette. Et moi-même je me sentis soudain tout tremblant d’une crainte confuse, puissante, horrible. J’avais envie de partir, de me sauver, de ne plus le voir, de ne plus voir son œil errant passer sur moi, puis s’enfuir, tourner autour du plafond, chercher quelque coin sombre de la pièce pour s’y fixer, comme s’il eût voulu cacher aussi son regard redoutable.
Je balbutiai:
—Tu ne m’avais jamais dit ça!