Enfin, moi quand je suis trop tentée de faire une chose, je la fais toujours.

Je me dis donc: Voyons, je vais essayer sur un, sur un seul, pour voir. Qu’est-ce qui peut m’arriver? Rien! Nous échangerons un sourire, et voilà tout, et je ne le reverrai jamais; et si je le vois il ne me reconnaîtra pas; et s’il me reconnaît je nierai, parbleu.

Je commence donc à choisir. J’en voulais un qui fût bien, très bien. Tout à coup je vois venir un grand blond, très joli garçon. J’aime les blonds, tu sais.

Je le regarde. Il me regarde. Je souris, il sourit; je fais le geste; oh! à peine, à peine; il répond «oui» de la tête et le voilà qui entre, ma chérie! Il entre par la grande porte de la maison.

Tu ne te figures pas ce qui s’est passé en moi à ce moment-là! J’ai cru que j’allais devenir folle. Oh! quelle peur! Songe, il allait parler aux domestiques! A Joseph qui est tout dévoué à mon mari! Joseph aurait cru certainement que je connaissais ce monsieur depuis longtemps.

Que faire? dis? Que faire? Et il allait sonner tout à l’heure, dans une seconde. Que faire, dis? J’ai pensé que le mieux était de courir à sa rencontre, de lui dire qu’il se trompait, de le supplier de s’en aller. Il aurait pitié d’une femme, d’une pauvre femme! Je me précipite donc à la porte et je l’ouvre juste au moment où il posait la main sur le timbre.

Je balbutiai, tout à fait folle: «Allez-vous-en, monsieur, allez-vous-en, vous vous trompez, je suis une honnête femme, une femme mariée. C’est une erreur, une affreuse erreur; je vous ai pris pour un de mes amis à qui vous ressemblez beaucoup. Ayez pitié de moi, monsieur.»

Et voilà qu’il se met à rire, ma chère, et il répond: «Bonjour, ma chatte. Tu sais, je la connais, ton histoire. Tu es mariée, c’est deux louis au lieu d’un. Tu les auras. Allons, montre-moi la route.»

Et il me pousse; il referme la porte, et comme je demeurais, épouvantée, en face de lui, il m’embrasse, me prend par la taille et me fait rentrer dans le salon qui était resté ouvert.

Et puis, il se met à regarder tout comme un commissaire-priseur, et il reprend: «Bigre, c’est gentil, chez toi, c’est très chic. Faut que tu sois rudement dans la dèche en ce moment-ci pour faire la fenêtre!»