Marowsko répétait:

—C’est mal, c’est mal, ce que vous faites. Je n’ai plus qu’à mourir de faim, moi. A mon âge, c’est fini. C’est mal. Vous abandonnez un pauvre vieux qui est venu pour vous suivre. C’est mal.

Pierre voulait s’expliquer, protester, donner ses raisons, prouver qu’il n’avait pu faire autrement; le Polonais n’écoutait point, révolté de cette désertion, et il finit par dire, faisant allusion sans doute à des événements politiques:

—Vous autres Français, vous ne tenez pas vos promesses.

Alors Pierre se leva, froissé à son tour, et le prenant d’un peu haut:

—Vous êtes injuste, père Marowsko. Pour se décider à ce que j’ai fait, il faut de puissants motifs; et vous devriez le comprendre. Au revoir. J’espère que je vous retrouverai plus raisonnable.

Et il sortit.

—Allons, pensait-il, personne n’aura pour moi un regret sincère.

Sa pensée cherchait, allant à tous ceux qu’il connaissait, ou qu’il avait connus, et elle retrouva, au milieu de tous les visages défilant dans son souvenir, celui de la fille de brasserie qui lui avait fait soupçonner sa mère.

Il hésita, gardant contre elle une rancune instinctive, puis soudain, se décidant, il pensa: «Elle avait raison, après tout.» Et il s’orienta pour retrouver sa rue.