Maupassant écrit à sa mère au commencement de novembre 1887:

«Ollendorff veut mettre en vente Pierre et Jean le 3 janvier et non le 20... Pierre et Jean aura un succès littéraire, mais non pas un succès de vente. Je suis sûr que ce livre est bon. Je te l’ai toujours écrit, mais il est cruel, ce qui l’empêchera de se vendre.»

Quant à la préface, elle parut en feuilleton dans le Supplément littéraire du Figaro (samedi 7 janvier 1888). Elle faillit même donner lieu à un procès entre Maupassant et la direction du journal, celle-ci ayant jugé bon de supprimer plusieurs passages importants de l’article, sans l’assentiment de l’auteur. L’affaire s’arrangea cependant sans débats judiciaires.

La préface de Pierre et Jean fut très discutée.

Nous extrayons du livre de Mme Lecomte du Nouy, En regardant passer la vie (Ollendorff, édit.), le passage suivant:

«J’ai écrit durant une partie de ma vie une sorte de journal, j’y retrouve ceci à la date du 22 juin 1887:

«Maupassant me lit les premières pages de son nouveau roman Pierre et Jean. L’exposition s’annonce très bien; c’est un fait réel qui lui a donné l’idée d’écrire ce livre. Un de ses amis vient de faire un héritage de huit millions. Cet héritage lui a été laissé par un commensal de sa famille. Il paraît que le père du jeune homme était vieux, la mère, jeune et jolie. Guy a cherché comment le don d’une pareille fortune pouvait s’expliquer; il a fait une supposition qui s’est imposée à lui; il va la développer et nous devons aller ensemble samedi au Havre pour qu’il se pénètre du paysage, des bassins et du mouvement du port, d’une façon absolument juste.»

«C’est bien ainsi qu’il procédait. Le moindre point de départ lui suffisait: il voyait le monde à travers une goutte d’eau et il était surpris que chacun n’eût pas ses yeux.»

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VARIANTES
D’APRÈS LE MANUSCRIT ORIGINAL.