Elle reprit avec angoisse: «Oui, tu le garderas, puisque tu es son fils, ça n’est pas possible autrement. Et qu’est-ce qu’on dirait maintenant, si tu le refusais? Et puis, comment le refuserais-tu, puisque tu es son fils, et que tu le sais, et que tu veux bien?
Il répondit pour la calmer:
—Nous parlerons de ça plus tard.
Elle ne voulait pas.
—Non... non... aujourd’hui, tout de suite.
Et, avec un entêtement tout féminin, acharnée à cette idée nouvelle, réglant comme une question d’intérêt commercial, par une combinaison ingénieuse, cette délicate affaire d’intérêt sentimental, elle raisonna tendrement.
—Voici, mon petit Jean. Comprends-moi bien. Maintenant que tu connais ton père, tu ne voudrais rien accepter de M. Roland, n’est-ce pas, ni aujourd’hui, ni plus tard? Donc tu n’aurais rien, jamais, puisqu’on ne m’a pas donné de dot, à moi. Alors je dirai à mon mari de laisser toute notre fortune à Pierre en faisant valoir que tu n’en as pas besoin, toi, puisque tu es riche de ton côté. Et ce sera très juste ainsi. Ton frère aura l’argent de son père et toi l’argent du tien.
Elle trouvait cela très juste: et c’était très juste en effet, et Jean fut sans réponse, sans arguments et sans résistance.
Il reprit après un court silence:
—Comme tu vas souffrir en te retrouvant en face de Pierre?