Me Lecanu était le notaire et un peu l’ami du père Roland, dont il faisait les affaires. Pour qu’il eût annoncé sa visite dans la soirée, il fallait qu’il s’agît d’une chose urgente et importante; et les quatre Roland se regardèrent, troublés par cette nouvelle comme le sont les gens de fortune modeste à toute intervention d’un notaire, qui éveille une foule d’idées de contrats, d’héritages, de procès, de choses désirables ou redoutables. Le père, après quelques secondes de silence, murmura:

—Qu’est-ce que cela peut vouloir dire?

Mme Rosémilly se mit à rire:

—Allez, c’est un héritage. J’en suis sûre. Je porte bonheur.

Mais ils n’espéraient la mort de personne qui pût leur laisser quelque chose.

Mme Roland, douée d’une excellente mémoire pour les parentés, se mit aussitôt à rechercher toutes les alliances du côté de son mari et du sien, à remonter les filiations, à suivre les branches des cousinages.

Elle demandait, sans avoir même ôté son chapeau:

—Dis donc, père (elle appelait son mari «père» dans la maison, et quelquefois «monsieur Roland» devant les étrangers), dis donc, père, te rappelles-tu qui a épousé Joseph Lebru, en secondes noces?

—Oui, une petite Duménil, la fille d’un papetier.

—En a-t-il eu des enfants?