Pierre répondit:

—Et qu’importe? Est-ce une raison pour imiter les sots? Si mes compatriotes sont bêtes ou malhonnêtes, ai-je besoin de suivre leur exemple? Une femme ne commettra pas une faute pour cette raison que ses voisines ont des amants.

Jean se mit à rire:

—Tu as des arguments par comparaison qui semblent pris dans les maximes d’un moraliste.

Pierre ne répliqua point. Sa mère et son frère recommencèrent à parler d’étoffes et de fauteuils.

Il les regardait comme il avait regardé sa mère, le matin, avant de partir pour Trouville; il les regardait en étranger qui observe, et il se croyait en effet entré tout à coup dans une famille inconnue.

Son père, surtout, étonnait son œil et sa pensée. Ce gros homme flasque, content et niais, c’était son père, à lui! Non, non, Jean ne lui ressemblait en rien.

Sa famille! Depuis deux jours, une main inconnue et malfaisante, la main d’un mort, avait arraché et cassé, un à un, tous les liens qui tenaient l’un à l’autre ces quatre êtres. C’était fini, c’était brisé. Plus de mère, car il ne pourrait plus la chérir, ne la pouvant vénérer avec ce respect absolu, tendre et pieux, dont a besoin le cœur des fils; plus de frère, puisque ce frère était l’enfant d’un étranger; il ne lui restait qu’un père, ce gros homme, qu’il n’aimait pas, malgré lui.

Et tout à coup:

—Dis donc, maman, as-tu retrouvé ce portrait?