—Eh bien! au revoir, merci tout de même, sans rancune. Mais je t’assure que tu as tort.

Et elle partit, s’enfonçant dans la pluie fine comme un voile. Je la vis passer sous un bec de gaz, puis disparaître dans l’ombre. Pauvre fille!

L’Odyssée d’une fille a paru dans le Gil-Blas du mardi 25 septembre 1883, sous la signature: Maufrigneuse.

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LA FENÊTRE.

JE fis la connaissance de Mme de Jadelle à Paris, cet hiver. Elle me plut infiniment tout de suite. Vous la connaissez d’ailleurs autant que moi..., non... pardon... presque autant que moi... Vous savez comme elle est fantasque et poétique en même temps. Libre d’allures et de cœur impressionnable, volontaire, émancipée, hardie, entreprenante, audacieuse, enfin au-dessus de tout préjugé, et, malgré cela, sentimentale, délicate, vite froissée, tendre et pudique.

Elle était veuve, j’adore les veuves, par paresse. Je cherchais alors à me marier, je lui fis la cour. Plus je la connaissais, plus elle me plaisait; et je crus le moment venu de risquer ma demande. J’étais amoureux d’elle et j’allais le devenir trop. Quand on se marie, il ne faut pas trop aimer sa femme, parce qu’alors on fait des bêtises; on se trouble, on devient en même temps niais et brutal. Il faut se dominer encore. Si on perd la tête le premier soir, on risque fort de l’avoir boisée un an plus tard.

Donc, un jour, je me présentai chez elle avec des gants clairs et je lui dis:

—Madame, j’ai le bonheur de vous aimer et je viens vous demander si je puis avoir quelque espoir de vous plaire, en y mettant tous mes soins, et de vous donner mon nom.

Elle me répondit tranquillement: