—Comme vous y allez, monsieur! J’ignore absolument si vous me plairez tôt ou tard; mais je ne demande pas mieux que d’en faire l’épreuve. Comme homme, je ne vous trouve pas mal. Reste à savoir ce que vous êtes comme cœur, comme caractère et comme habitudes. La plupart des mariages deviennent orageux ou criminels, parce qu’on ne se connaît pas assez en s’accouplant. Il suffit d’un rien, d’une manie enracinée, d’une opinion tenace sur un point quelconque de morale, de religion ou de n’importe quoi, d’un geste qui déplaît, d’un tic, d’un tout petit défaut ou même d’une qualité désagréable pour faire deux ennemis irréconciliables, acharnés et enchaînés l’un à l’autre jusqu’à la mort, des deux fiancés les plus tendres et les plus passionnés.

Je ne me marierai pas, monsieur, sans connaître à fond, dans les coins et replis de l’âme, l’homme dont je partagerai l’existence. Je le veux étudier à loisir, de tout près, pendant des mois.

Voici donc ce que je vous propose. Vous allez venir passer l’été chez moi, dans ma propriété de Lauville, et nous verrons là, tranquillement, si nous sommes faits pour vivre côte à côte...

Je vous vois rire! Vous avez une mauvaise pensée. Oh! monsieur, si je n’étais pas sûre de moi, je ne vous ferais point cette proposition. J’ai pour l’amour, tel que vous le comprenez, vous autres hommes, un tel mépris et un tel dégoût qu’une chute est impossible pour moi. Acceptez-vous?

Je lui baisai la main.

—Quand partons-nous, madame?

—Le 10 mai. C’est entendu?

—C’est entendu.

Un mois plus tard, je m’installais chez elle. C’était vraiment une singulière femme. Du matin au soir elle m’étudiait. Comme elle adore les chevaux, nous passions chaque jour des heures à nous promener par les bois, en parlant de tout, car elle cherchait à pénétrer mes plus intimes pensées autant qu’elle s’efforçait d’observer jusqu’à mes moindres mouvements.

Quant à moi, je devenais follement amoureux et je ne m’inquiétais nullement de l’accord de nos caractères. Je m’aperçus bientôt que mon sommeil lui-même était soumis à une surveillance. Quelqu’un couchait dans une petite chambre à côté de la mienne, où l’on n’entrait que fort tard et avec des précautions infinies. Cet espionnage de tous les instants finit par m’impatienter. Je voulus hâter le dénouement, et je devins, un soir, entreprenant. Elle me reçut de telle façon que je m’abstins de toute tentative nouvelle; mais un violent désir m’envahit de lui faire payer, d’une façon quelconque, le régime policier auquel j’étais soumis, et je m’avisai d’un moyen.