C’était, ma foi, un ravissant échantillon de la race bas-normande, forte et fine en même temps. Il lui manquait peut-être certaines délicatesses de soins qu’aurait méprisées Henri IV. Je les lui révélai bien vite, et comme j’adore les parfums, je lui fis cadeau, le soir même, d’un flacon de lavande ambrée.
Nous fûmes bientôt plus liés même que je n’aurais cru, presque amis. Elle devint une maîtresse exquise, naturellement spirituelle, et rouée à plaisir. C’eût été, à Paris, une courtisane de grand mérite.
Les douceurs qu’elle me procura me permirent d’attendre sans impatience la fin de l’épreuve de Mme de Jadelle. Je devins d’un caractère incomparable, souple, docile, complaisant.
Quant à ma fiancée, elle me trouvait sans doute délicieux, et je compris, à certains signes, que j’allais bientôt être agréé. J’étais certes le plus heureux des hommes du monde, attendant tranquillement le baiser légal d’une femme que j’aimais dans les bras d’une jeune et belle fille pour qui j’avais de la tendresse.
C’est ici, madame, qu’il faut vous tourner un peu; j’arrive à l’endroit délicat.
Mme de Jadelle, un soir, comme nous revenions de notre promenade à cheval, se plaignit vivement que ses palefreniers n’eussent point pour la bête qu’elle montait certaines précautions exigées par elle. Elle répéta même plusieurs fois: «Qu’ils prennent garde, qu’ils prennent garde, j’ai un moyen de les surprendre.»
Je passai une nuit calme, dans mon lit. Je m’éveillai tôt, plein d’ardeur et d’entrain. Et je m’habillai.
J’avais l’habitude d’aller chaque matin fumer une cigarette sur une tourelle du château où montait un escalier en limaçon, éclairé par une grande fenêtre à la hauteur du premier étage.
Je m’avançais sans bruit, les pieds en mes pantoufles de maroquin aux semelles ouatées, pour gravir les premières marches, quand j’aperçus Césarine, penchée à la fenêtre, regardant au dehors.
Je n’aperçus pas Césarine tout entière, mais seulement une moitié de Césarine, la seconde moitié d’elle; j’aimais autant cette moitié-là. De Mme de Jadelle j’eusse préféré peut-être la première. Elle était charmante ainsi, si ronde, vêtue à peine d’un petit jupon blanc, cette moitié qui s’offrait à moi.