Je m’approchai si doucement que la jeune fille n’entendit rien. Je me mis à genoux; je pris avec mille précautions les deux bords du fin jupon, et, brusquement, je relevai. Je la reconnus aussitôt, pleine, fraîche, grasse et douce, la face secrète de ma maîtresse, et j’y jetai, pardon, madame, j’y jetai un tendre baiser, un baiser d’amant qui peut tout oser.

Je fus surpris. Cela sentait la verveine! Mais je n’eus pas le temps d’y réfléchir. Je reçus un grand coup, ou plutôt une poussée dans la figure qui faillit me briser le nez. J’entendis un cri qui me fit dresser les cheveux. La personne s’était retournée—c’était Mme de Jadelle!

Elle battit l’air de ses mains comme une femme qui perd connaissance; elle haleta quelques secondes, fit le geste de me cravacher, puis s’enfuit.

Dix minutes plus tard, Césarine, stupéfaite, m’apportait une lettre; je lus: «Mme de Jadelle espère que M. de Brives la débarrassera immédiatement de sa présence.»

Je partis.

Eh bien, je ne suis point encore consolé. J’ai tenté de tous les moyens et de toutes les explications pour me faire pardonner cette méprise. Toutes mes démarches ont échoué.

Depuis ce moment, voyez-vous, j’ai dans... dans le cœur un goût de verveine qui me donne un désir immodéré de sentir encore ce bouquet-là.

La Fenêtre a paru dans le Gil-Blas du mardi 10 juillet 1883.

237

SOUVENIRS.