En voici quelques fragments:

Oh! qu’il était triste au coin de la salle,
Comme il grelottait, l’homme au violon.
La baraque en planche était peu d’aplomb
Et le vent soufflait dans la toile sale.
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Dans son entourage, Antoine, en prière,
Se couvrait les yeux sous son capuchon.
Les diables dansaient. Le petit cochon
Passait, effaré, la torche au derrière.
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Oh! qu’il était triste! Oh! qu’il était pâle!
Oh! l’archet damné, raclant sans espoir;
Oh! le paletot plus sinistre à voir
Sous les transparents aux lueurs d’opale!

Comme un chœur antique au sujet mêlé,
Il fallait répondre aux péripéties
Et quitter soudain pour des facéties,
Le libre juron tout bas grommelé!...

Il fallait chanter, il fallait poursuivre,
Pour le pain du jour, la pipe du soir;
Pour le dur grabat dans le grenier noir;
Pour l’ambition d’être homme et vivre!

Mais parfois dans l’ombre, et c’était son droit,
Il lançait, lui pauvre et transi dans l’âme,
Un regard farouche aux pantins du drame,
Qui reluisaient d’or et n’avaient pas froid.

Puis—comme un rêveur dégagé des choses,
Sachant que tout passe et que tout est vain,
Sans respect du monde, il chauffait sa main
Au rayonnement des apothéoses!

Et quand je sortis de la baraque, je croyais entendre encore la voix sonore de Flaubert:

—Pauvre... diable.