Et Bouilhet répondit:
—Oui, ça n’est pas gai pour tout le monde!
Souvenirs a paru dans le Gaulois du 4 décembre 1884, précédé de quelques lignes sur la nouvelle de Tourguéneff: Trois Rencontres.
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CELLES QUI OSENT.
A René Maizeroy.
... Tu as développé souvent au sujet de l’amour sentimental, qui n’est, en réalité, que l’hypocrisie de l’accouplement, des théories qui me choquent par leur raffinement même.
Je trouve dans ton dernier volume beaucoup de choses qui me plaisent par leur sincérité. Ce qui n’empêche que jamais nous ne nous entendrons sur l’amour.
Que cette occupation agréable tienne une grande place dans la vie des femmes, je le comprends, elles n’ont rien à faire. Je m’étonne que, dans la vie d’un homme, elle puisse être autre chose qu’un passe-temps facile à varier, comme une bonne table ou ce qu’on appelle les sports. Quant à la fidélité, à la constance, quelle folie. Jamais on ne me fera comprendre que deux femmes ne valent pas mieux qu’une; trois que deux, et dix mieux que trois. Qu’on revienne à l’une plus souvent qu’aux autres, c’est naturel, comme il est naturel de manger souvent un plat qu’on aime. Mais n’en garder qu’une, toujours, me semblerait aussi surprenant et illogique que si un amateur d’huîtres ne mangeait plus que des huîtres à tous les repas, toute l’année.
La fidélité et la constance me paraissent enlever à l’amour un charme qui est dans la fantaisie et l’imprévu.