Le cœur féminin, par exemple, diffère beaucoup du nôtre, et je comprends les raisons qu’ont les femmes d’être plus persévérantes que nous dans leurs tendresses.
Nous autres, nous adorons la femme, et quand nous en choisissons une passagèrement, c’est un hommage rendu à leur race entière. On peut idolâtrer les brunes parce qu’elles sont brunes, et aussi les blondes parce qu’elles sont blondes; l’une pour ses yeux aigus qui vont au cœur, l’autre pour sa voix qui fait vibrer vos nerfs; celle-ci pour sa lèvre rouge, celle-là pour la cambrure de sa taille; mais comme nous ne pouvons cueillir, hélas! toutes ces fleurs en même temps, la nature a mis en nous l’amour, la toquade, le caprice fou, qui nous les fait désirer à tour de rôle, augmentant ainsi la valeur de chacune à l’heure de l’affolement.
Or, l’affolement chez nous devrait, me semble-t-il, être limité à la période d’attente. Le désir satisfait ayant supprimé l’inconnu, enlève à l’amour sa plus grande valeur.
Chaque femme conquise nous prouve, une fois de plus, que toutes sont à peu près pareilles entre nos bras. Les idéalistes surtout qui courent sans cesse après l’illusion rêvée, ne devraient-ils pas être atterrés au lendemain de chaque possession. Nous autres qui demandons moins à l’amour, nous aurions le droit de lui être plus reconnaissants du peu qu’il donne aux hommes intelligents et difficiles.
La constance conduit au mariage ou à la chaîne.
Rien dans la vie ne me semble plus attristant et plus pénible que ces liaisons de longue durée.
Le mariage supprime d’un coup, quand on le prend sérieusement, la possibilité des désirs nouveaux, toutes les tendresses à venir, la fantaisie du lendemain et tout le charme des rencontres. Il a, en outre, l’inconvénient odieux de condamner les époux à un déplorable ordinaire. Car quel est le mari qui oserait prendre avec sa femme les libertés délicieuses que pratiquent aussitôt les amants?
Et c’est là, conviens-en, le plus grand prix de l’amour: l’audace des baisers. En amour, il faut oser, oser sans cesse. Nous aurions bien peu de maîtresses agréables si nous n’étions pas plus audacieux que les maris dans nos caresses, si nous nous contentions de la plate, monotone et vulgaire habitude des nuits conjugales.
La femme rêve toujours, elle rêve de ce qu’elle ignore, de ce qu’elle soupçonne, de ce qu’elle devine. Après le premier étonnement de la première étreinte, elle se reprend à rêver. Elle a lu, elle lit. A tout instant des phrases au sens obscur, des plaisanteries chuchotées, des mots inconnus entendus par hasard lui révèlent l’existence de choses qu’elle ne connaît point. Si d’aventure elle pose en tremblant une question à son mari, il prend aussitôt un air sévère et répond: «Ces choses-là ne te regardent pas.» Or elle trouve que ces choses la regardent tout autant que les autres femmes. Quelles choses, d’ailleurs? Il en existe donc? Des choses mystérieuses, honteuses et bonnes, sans doute, puisqu’on en parle tout bas avec un air excité. Les filles, paraît-il, tiennent leurs amants au moyen de pratiques obscènes et puissantes.
Quant au mari qui les connaît bien, ces choses, il n’ose pas les révéler à sa femme dans le mystère du tête-à-tête nocturne, parce qu’une femme épousée c’est différent d’une maîtresse, sacrebleu! et parce qu’un homme doit respecter sa femme qui est ou qui sera la mère de ses enfants. Alors, comme il ne veut pas renoncer aux choses qu’il n’ose point faire légitimement, il va chez quelque impure et s’en donne.