Mais la femme commence à se tenir des raisonnements d’un bon sens simple et net.—On ne vit pas deux fois.—La vie est courte.—Une femme, mariée à vingt ans, est mûre à trente et avancée à quarante.—Or si on ne fait rien, si on ne connaît rien, si on ne jouit de rien avant cette limite, ce sera fini pour toujours. Les joies conjugales sont épuisées. Elle en est lasse, écœurée.—Alors—alors—un amant?...—Pourquoi pas?—Ces choses, celles qu’on ose dans l’adultère ont peut-être un charme si grand!

Une fois la pensée, le désir entrés en sa tête, la chute est proche, très proche.

Elle ose enfin, mais doucement, peu à peu. Elle a des réserves, des limites. Ceci, oui; cela, non. Ces distinctions, une fois le premier pas franchi, sont surprenantes et grotesques, mais générales. Il semblerait qu’à partir du moment où une femme s’est décidée à expérimenter l’amour, l’amour défendu, raffiné, inventif, elle devrait toujours demander davantage, toujours vouloir du nouveau, toujours chercher, toujours attendre des baisers différents, plus aigus. Eh bien! non. La morale, morale étrange et mal placée, reprend ses droits.

Te figures-tu un assassin qui jugerait plus coupable de tuer un homme avec un couteau qu’avec un pistolet?

Elles ne les osent pas toutes, les choses charmantes qui rendent la vie moins morne.

Moi, je voudrais qu’un poète, un vrai poète les chantât audacieusement, un jour, en des vers hardis et passionnés, ces choses honteuses qui font rougir les imbéciles. Il ne faudrait là ni gros mots, ni polissonneries, ni sous-entendus; mais une suite de petits poèmes simples et francs, bien sincères.

Te rappelles-tu certains vers, que nous savourions parfois, des vers réputés abominables, mais qui sont doux comme des caresses?

Tu viens de faire en prose quelque chose en ce genre. Laisse crier les sots et continue.

Cette nouvelle servit de préface au livre de René Maizeroy: Celles qui osent (Flammarion, éditeur). Elle était précédée de quelques lignes la reliant au livre.

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