Le corps qu’il commandait était d’ailleurs un corps d’élite célèbre dans toute la province, et la compagnie des grenadiers de Gisors se voyait appelée à toutes les fêtes mémorables dans un rayon de quinze à vingt lieues. On raconte que le roi Louis-Philippe, passant en revue les milices de l’Eure, s’arrêta émerveillé devant la compagnie de Gisors, et s’écria: «Oh! quels sont ces beaux grenadiers?

—Ceux de Gisors, répondit le général.

—J’aurais dû m’en douter,» murmura le roi.

Le commandant Desbarres s’en vint donc avec ses hommes, musique en tête, chercher Isidore dans la boutique de sa mère.

Après un petit air joué sous ses fenêtres, le Rosier lui-même apparut sur le seuil.

Il était vêtu de coutil blanc des pieds à la tête, et coiffé d’un chapeau de paille qui portait, comme cocarde, un petit bouquet de fleurs d’oranger.

Cette question du costume avait beaucoup inquiété Mme Husson, qui hésita longtemps entre la veste noire des premiers communiants et le complet tout à fait blanc. Mais Françoise, sa conseillère, la décida pour le complet blanc en faisant voir que le Rosier aurait l’air d’un cygne.

Derrière lui parut sa protectrice, sa marraine, Mme Husson triomphante. Elle prit son bras pour sortir, et le maire se plaça de l’autre côté du Rosier. Les tambours battaient. Le commandant Desbarres commanda: «Présentez armes!» Le cortège se remit en marche vers l’église, au milieu d’un immense concours de peuple venu de toutes les communes voisines.

Après une courte messe et une allocution touchante de l’abbé Malou, on repartit vers les Couronneaux où le banquet était servi sous une tente.

Avant de se mettre à table, le maire prit la parole. Voici son discours textuel. Je l’ai appris par cœur, car il est beau: