On prétendait qu’il ne refusait jamais ses services quand il prévoyait un espoir de gain.

Boisrené semblait intime avec ce curieux marchand. Ils avaient dû traiter ensemble plus d’une affaire. Moi je regardais l’homme avec beaucoup d’intérêt.

Il était grand, mince, chauve, fort élégant. Sa voix douce, insinuante, avait un charme particulier, un charme tentateur qui donnait aux choses une valeur spéciale. Quand il tenait un bibelot en ses doigts, il le tournait, le retournait, le regardait avec tant d’adresse, de souplesse, d’élégance et de sympathie que l’objet paraissait aussitôt embelli, transformé par son toucher et par son regard. Et on l’estimait immédiatement beaucoup plus cher qu’avant d’avoir passé de la vitrine entre ses mains.

—Et votre Christ, dit Boisrené, ce beau Christ de la Renaissance que vous m’avez montré l’an dernier?

L’homme sourit et répondit:

—Il est vendu, et d’une façon fort bizarre. En voici une histoire parisienne, par exemple. Voulez-vous que je vous la dise?

—Mais oui.

—Vous connaissez la baronne Samoris?

—Oui et non. Je l’ai vue une fois, mais je sais ce que c’est!

—Vous le savez... tout à fait?