—C’est-i que t’es indispos?

Il répondit:

—Non, c’est comme une bouillie que j’aurais dans l’ vente et qui m’ôte la faim.

Il regardait les autres manger, tout en coupant de temps à autre une bouchée de pain qu’il portait lentement à ses lèvres et mastiquait longtemps. Il pensait à la Martine: «C’est tout de même une belle fille.» Et dire qu’il ne s’en était pas aperçu jusque-là, et que ça lui venait comme ça, tout d’un coup, et si fort qu’il n’en mangeait plus.

Il ne toucha guère au ragoût. Sa mère disait:

—Allons, Benoist, efforce té un p’tieu; c’est d’ la côte de mouton, ça te fera du bien. Quand on n’a point d’appétit, faut s’efforcer.

Il avalait quelque morceau, puis repoussait encore son assiette;—non, ça ne se passait point, décidément.

Sur la relevée, il alla faire un tour aux terres et donna congé au goujat, promettant de remuer les bêtes en passant.

La campagne était vide, vu le jour de repos. De place en place, dans un champ de trèfle, des vaches écroulées lourdement, le ventre répandu, ruminaient sous le grand soleil. Des charrues dételées attendaient au coin d’un labouré; et les terres retournées, prêtes pour la semence, développaient leurs larges carrés bruns au milieu de pièces jaunes où pourrissait le pied court des blés et des avoines fauchés depuis peu.

Un vent d’automne un peu sec passait sur la plaine, annonçant une soirée fraîche après le coucher du soleil. Benoist s’assit sur un fossé, mit son chapeau sur ses genoux, comme s’il eût eu besoin de garder la tête à l’air, et il prononça tout haut, dans le silence de la campagne: «Pour une belle fille, c’est une belle fille.»