Il y pensa encore le soir, dans son lit, et le lendemain en s’éveillant.

Il n’était pas triste, il n’était pas mécontent; il n’eût pu dire ce qu’il avait. C’était quelque chose qui le tenait, quelque chose d’accroché dans son âme, une idée qui ne s’en allait pas et qui lui faisait au cœur une espèce de chatouillement. Parfois une grosse mouche se trouve enfermée dans une chambre. On l’entend voler en ronflant, et ce bruit vous obsède, vous irrite. Soudain elle s’arrête; on l’oublie; mais tout à coup elle repart, vous forçant à relever la tête. On ne peut ni la prendre, ni la chasser, ni la tuer, ni la faire rester en place. A peine posée, elle se remet à bourdonner.

Or le souvenir de la Martine s’agitait dans l’esprit de Benoist comme une mouche emprisonnée.

Puis un désir le prit de la revoir, et il passa plusieurs fois devant la Martinière. Il l’aperçut enfin étendant du linge sur une corde, entre deux pommiers.

Il faisait chaud; elle n’avait gardé qu’une courte jupe, et sa seule chemise sur sa peau dessinait bien ses reins cambrés quand elle levait les bras pour accrocher ses serviettes.

Il resta blotti contre le fossé pendant plus d’une heure, même après qu’elle fut partie. Il s’en revint plus hanté encore qu’auparavant.

Pendant un mois, il eut l’esprit plein d’elle, il tressaillait quand on la nommait devant lui. Il ne mangeait plus, il avait chaque nuit des sueurs qui l’empêchaient de dormir.

Le dimanche, à la messe, il ne la quittait pas des yeux. Elle s’en aperçut et lui fit des sourires, flattée d’être appréciée ainsi.

Or, un soir, tout à coup, il la rencontra dans un chemin. Elle s’arrêta en le voyant venir. Alors il marcha droit sur elle, suffoqué par la peur et le saisissement, mais aussi résolu à lui parler. Il commença en bredouillant:

—Voyez-vous, la Martine, ça ne peut plus durer comme ça.