Elle le regardait, inquiète, un peu troublée, émue aussi.
—Quoi donc, mon ami?
—Nous avons soupé avec... avec des actrices... et je ne sais comment cela s’est fait, je vous ai trompée, Laurine!
Il avait prononcé cela d’un ton grave, solennel.
Elle eut une petite secousse, et son œil s’éclaira d’une gaieté brusque, d’une gaieté profonde, irrésistible.
Elle dit:
—Vous... vous... vous m’avez...
Et un petit rire sec, nerveux, cassé, lui glissa entre les dents par trois fois, qui lui coupait la parole.
Elle essayait de reprendre son sérieux; mais chaque fois qu’elle allait prononcer un mot, le rire frémissait au fond de sa gorge, jaillissait, vite arrêté, repartant toujours, repartant comme le gaz d’une bouteille de champagne débouchée dont on ne peut retenir la mousse. Elle mettait la main sur ses lèvres pour se calmer, pour enfoncer dans sa bouche cette crise malheureuse de gaieté; mais le rire lui coulait entre les doigts, lui secouait la poitrine, s’élançait malgré elle. Elle bégayait: «Vous... vous... m’avez trompée...—Ah!... ah! ah! ah!... ah! ah! ah!»
Et elle le regardait d’un air singulier, si railleur, malgré elle, qu’il demeurait interdit, stupéfait.