Il me serra la main, sortit; et j’entendis son cabriolet qui s’en allait sur la route humide.
Je restai seul avec les deux mourantes.
Mon chien Paf s’était couché devant la cheminée noire, et il me fit songer qu’un peu de feu serait utile à nous tous. Je ressortis donc pour chercher du bois et de la paille, et bientôt une grande flambée éclaira jusqu’au fond de la pièce le lit de la petite, qui recommençait à haleter.
Et je m’assis, tendant mes jambes vers le foyer.
La pluie battait les vitres; le vent secouait le toit; j’entendais l’haleine courte, dure, sifflante des deux femmes, et le souffle de mon chien qui soupirait de plaisir, roulé devant l’âtre clair.
La vie! la vie! qu’est-ce que cela? Ces deux misérables qui avaient toujours dormi sur la paille, mangé du pain noir, travaillé comme des bêtes, souffert toutes les misères de la terre, allaient mourir! Qu’avaient-elles fait? Le père était mort, le fils était mort. Ces gueux passaient pourtant pour de bonnes gens qu’on aimait et qu’on estimait, de simples et honnêtes gens!
Je regardais fumer mes bottes et dormir mon chien, et en moi entra soudain une joie sensuelle et honteuse en comparant mon sort à celui de ces forçats!
La petite fille se mit à râler, et tout à coup ce souffle rauque me devint intolérable; il me déchirait comme une pointe dont chaque coup m’entrait au cœur.
J’allai vers elle:
—Veux-tu boire? lui dis-je.