Et c’est là, vraiment, un grand mot de roi, un mot digne d’être retenu par tous les princes.
François Ier, ce grand nigaud, coureur de filles et général malheureux, a sauvé sa mémoire et entouré son nom d’une auréole impérissable, en écrivant à sa mère ces quelques mots superbes, après la défaite de Pavie: «Tout est perdu, madame, fors l’honneur.»
Est-ce que cette parole, aujourd’hui, ne nous semble pas aussi belle qu’une victoire? N’a-t-elle pas illustré le prince plus que la conquête d’un royaume? Nous avons oublié les noms de la plupart des grandes batailles livrées à cette époque lointaine; oubliera-t-on jamais: «Tout est perdu, fors l’honneur...?»
Henri IV! Saluez, messieurs, c’est le maître! Sournois, sceptique, malin, faux bonhomme, rusé comme pas un, plus trompeur qu’on ne saurait croire, débauché, ivrogne et sans croyance à rien, il a su, par quelques mots heureux, se faire dans l’histoire une admirable réputation de roi chevaleresque, généreux, brave homme, loyal et probe.
Oh! le fourbe, comme il savait jouer, celui-là, avec la bêtise humaine.
«Pends-toi, brave Crillon, nous avons vaincu sans toi!»
Après une parole semblable, un général est toujours prêt à se faire pendre ou tuer pour son maître.
Au moment de livrer la fameuse bataille d’Ivry: «Enfants, si les cornettes vous manquent, ralliez-vous à mon panache blanc; vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire!»
Pouvait-il n’être pas toujours victorieux, celui qui savait parler ainsi à ses capitaines et à ses troupes?
Il veut Paris, le roi sceptique; il le veut, mais il lui faut choisir entre sa foi et la belle ville: «Baste! murmura-t-il, Paris vaut bien une messe!» Et il changea de religion comme il aurait changé d’habit. N’est-il pas vrai cependant, que le mot fit accepter la chose? «Paris vaut bien une messe!» fit rire les gens d’esprit, et l’on ne se fâcha pas trop.