Tout son règne est dans ces quelques mots.
Louis XV, le roi corrompu, élégant et spirituel, nous a laissé la note charmante de sa souveraine insouciance: «Après moi, le déluge!»
Si Louis XVI avait eu l’esprit de faire un mot, il aurait peut-être sauvé la monarchie. Avec une saillie, n’aurait-il pas évité la guillotine?
Napoléon Ier jeta à poignées les mots qu’il fallait aux cœurs de ses soldats.
Napoléon III éteignit avec une courte phrase toutes les colères futures de la nation en promettant: «L’Empire, c’est la paix!» L’Empire, c’est la paix! affirmation superbe, mensonge admirable! Après avoir dit cela, il pouvait déclarer la guerre à toute l’Europe sans rien craindre de son peuple. Il avait trouvé une formule simple, nette, saisissante, capable de frapper les esprits, et contre laquelle les faits ne pouvaient plus prévaloir.
Il a fait la guerre à la Chine, au Mexique, à la Russie, à l’Autriche, à tout le monde. Qu’importe? Certaines gens parlent encore avec conviction des dix-huit ans de tranquillité qu’il nous donna. «L’Empire, c’est la paix.»
Mais c’est aussi avec des mots, des mots plus mortels que des balles, que M. Rochefort abattit l’Empire, le crevant de ses traits, le déchiquetant et l’émiettant.
Le maréchal de Mac-Mahon lui-même nous a laissé un souvenir de son passage au pouvoir: «J’y suis, j’y reste!» Et c’est par un mot de Gambetta qu’il fut à son tour culbuté: «Se soumettre ou se démettre.»
Avec ces deux verbes, plus puissants qu’une révolution, plus formidables que des barricades, plus invincibles qu’une armée, plus redoutables que tous les votes, le tribun renversa le soldat, écrasa sa gloire, anéantit sa force et son prestige.
Quant à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, ils tomberont, car ils n’ont pas d’esprit; ils tomberont, car au jour du danger, au jour de l’émeute, au jour de la bascule inévitable, ils ne sauront pas faire rire la France et la désarmer.