Un quart d’heure plus tard, nous quittions le port, et nous nous engagions dans la sortie du golfe, poussés par une brise intermittente et légère.

Je riais.

—Eh bien! vous voyez qu’il fait beau.

Nous eûmes bientôt franchi la tour noire et blanche bâtie sur la basse Rabiou, et bien que protégé par le cap Camarat, qui s’avance au loin dans la pleine mer, et dont le feu à éclats apparaissait de minute en minute, le Bel-Ami était déjà soulevé par de longues vagues puissantes et lentes, ces collines d’eau qui marchent, l’une derrière l’autre, sans bruit, sans secousse, sans écume, menaçantes sans colère, effrayantes par leur tranquillité.

On ne voyait rien, on sentait seulement les montées et les descentes du yacht sur cette mer remuante et ténébreuse.

Bernard disait:

—Il y a eu gros vent au large cette nuit, monsieur. Nous aurons de la chance si nous arrivons sans misère.

Le jour se levait, clair, sur la foule agitée des vagues, et nous regardions tous les trois au large si la bourrasque ne reprenait pas.

Cependant le bateau allait vite, vent arrière et poussé par la mer. Déjà nous nous trouvions par le travers d’Agay, et nous délibérâmes si nous ferions route vers Cannes, en prévision du mauvais temps, ou vers Nice, en passant au large des îles.

Bernard préférait entrer à Cannes; mais comme la brise ne fraîchissait pas, je me décidai pour Nice.