Or, un jour, comme on avait négligé de lui fournir ses aliments, on le vit arriver tranquillement pour les réclamer; et il prit dès lors l’habitude, afin d’éviter une course au cuisinier, de venir aux heures des repas manger au palais avec les gens de service, dont il devint l’ami.
Après le déjeuner, il allait faire un tour jusqu’à Monte-Carlo. Il entrait parfois au Casino risquer cinq francs sur le tapis vert. Quand il avait gagné, il s’offrait un bon dîner dans un hôtel en renom, puis il revenait dans sa prison, dont il fermait avec soin la porte au dedans.
Il ne découcha pas une seule fois.
La situation devenait difficile, non pour le condamné, mais pour les juges.
La Cour se réunit de nouveau, et il fut décidé qu’on inviterait le criminel à sortir des États de Monaco.
Lorsqu’on lui signifia cet arrêt, il répondit simplement:
«Je vous trouve plaisants. Eh bien, qu’est-ce que je deviendrai, moi? Je n’ai plus de moyen d’existence. Je n’ai plus de famille. Que voulez-vous que je fasse? J’étais condamné à mort. Vous ne m’avez pas exécuté. Je n’ai rien dit. Je suis ensuite condamné à la prison perpétuelle et remis aux mains d’un geôlier. Vous m’avez enlevé mon gardien. Je n’ai rien dit encore.
«Aujourd’hui, vous voulez me chasser du pays. Ah! mais non. Je suis prisonnier, votre prisonnier, jugé et condamné par vous. J’accomplis ma peine fidèlement. Je reste ici.»
La Cour suprême fut atterrée. Le prince eut une colère terrible et ordonna de prendre des mesures.
On se remit à délibérer.