Alors, il fut décidé qu’on offrirait au coupable une pension de six cents francs pour aller vivre à l’étranger.

Il accepta.

Il a loué un petit enclos à cinq minutes de l’État de son ancien souverain, et il vit heureux sur sa terre, cultivant quelques légumes et méprisant les potentats.

Mais la cour de Monaco, instruite un peu tard par cet exemple, s’est décidée à traiter avec le gouvernement français; maintenant elle nous livre ses condamnés que nous mettons à l’ombre, moyennant une pension modique.

On peut voir, aux archives judiciaires de la principauté, l’arrêt qui règle la pension du drôle en l’obligeant à sortir du territoire monégasque.

En face du palais du prince se dresse l’établissement rival, la Roulette. Aucune haine d’ailleurs, aucune hostilité de l’un à l’autre, car celui-ci soutient celui-là qui le protège. Exemple admirable, exemple unique de deux familles voisines et puissantes vivant en paix dans un petit État, exemple bien fait pour effacer le souvenir des Capulets et des Montaigus.

Ici, la maison souveraine et là la maison de jeux, l’ancienne et la nouvelle société fraternisant au bruit de l’or.

Autant les salons du prince sont d’un accès difficile, autant ceux du Casino sont ouverts aux étrangers.

Je me rends à ces derniers.

Un bruit d’argent, continu comme celui des flots, un bruit profond, léger, redoutable, emplit l’oreille dès l’entrée, puis emplit l’âme, remue le cœur, trouble l’esprit, affole la pensée. Partout on l’entend, ce bruit qui chante, qui crie, qui appelle, qui tente, qui déchire.