Et je vis, derrière la montagne verte, et au-dessus, là-bas, l’immense montagne blanche qui apparaissait. On ne la découvrait point tout à l’heure. Maintenant elle commençait à montrer sa grande muraille de neige, sa haute muraille luisante, enfermant d’une légère ceinture de sommets glacés, de sommets blancs, aigus comme des pyramides ou arrondis comme des dos, le long rivage, le doux rivage chaud, où poussent les palmiers, où fleurissent les anémones.
Je dis à Pol: «La voici, la neige; regardez.» Et je lui montrai les Alpes.
La vaste chaîne blanche se déroulait à perte de vue et grandissait dans le ciel à chaque coup de rame qui battait l’eau bleue. Elle semblait si voisine la neige, si proche, si épaisse, si menaçante que j’en avais peur, j’en avais froid.
Puis nous découvrîmes plus bas une ligne noire, toute droite, coupant la montagne en deux, là où le soleil de feu avait dit à la neige de glace: «Tu n’iras pas plus loin.»
Pol qui tenait toujours son journal prononça: «Les nouvelles du Piémont sont terribles. Les avalanches ont détruit dix-huit villages.» Écoutez ceci; et il lut: «Les nouvelles de la vallée d’Aoste sont terribles. La population affolée n’a plus de repos. Les avalanches ensevelissent coup sur coup les villages. Dans la vallée de Lucerne les désastres sont aussi graves.
A Locane, sept morts; à Sparone, quinze; à Romborgogno, huit; à Ronco, Valprato, Campiglia, que la neige a couverte, on compte trente-deux cadavres.
A Pirrone, à Saint-Damien, à Musternale, à Demonte, à Massello, à Chiabrano, les morts sont également nombreux. Le village de Balziglia a complètement disparu sous l’avalanche. De mémoire d’homme on ne se souvient pas avoir vu une semblable calamité.
Des détails horribles nous parviennent de tous les côtés. En voici un entre mille.
Un brave homme de Groscavallo vivait avec sa femme et deux enfants.
La femme était malade depuis longtemps.