Il apparut sur son balcon, effaré comme un homme qu’on réveille.
Le grand soleil d’une heure l’éblouissant, il couvrait ses yeux de sa main.
Je lui criai: «Voulez-vous faire un tour au large?»
Il répondit: «J’arrive.»
Et cinq minutes plus tard, il montait dans ma petite barque.
Je dis à mon matelot d’aller vers la haute mer.
Pol avait apporté son journal, qu’il n’avait point lu le matin, et, couché au fond du bateau, il se mit à le parcourir.
Moi je regardais la terre. A mesure que je m’éloignais du rivage la ville entière apparaissait, la jolie ville blanche, couchée en rond au bord des flots bleus. Puis, au-dessus, la première montagne, le premier gradin, un grand bois de sapins, plein aussi de villas, de villas blanches, çà et là, pareilles à de gros œufs d’oiseaux géants. Elles s’espaçaient en approchant du sommet, et sur le faîte on en voyait une très grande, carrée, un hôtel peut-être, et si blanche qu’elle avait l’air d’avoir été repeinte le matin même.
Mon matelot ramait nonchalamment, en méridional tranquille; et comme le soleil, le grand soleil qui flambait au milieu du ciel bleu me fatiguait les yeux, je regardai l’eau, l’eau bleue, profonde, dont les avirons blessaient le repos.
Pol me dit: «Il neige toujours à Paris. Il gèle toutes les nuits à six degrés.» J’aspirai l’air tiède en gonflant ma poitrine, l’air immobile, endormi sur la mer, l’air bleu. Et je relevai les yeux.