Au milieu de la dure montée, un étroit sentier grimpe sur le flanc de la falaise droite et blanche; un filet d’eau claire et glacée jaillit d’un trou et arrose en dévalant un joli tapis de cresson.

Près de cette fontaine charmante, on a placé un banc de bois où l’on s’arrête, où l’on se repose, où l’on boit dans le creux de la main en dominant la mer, la longue ligne des côtes et, à ses pieds, le chaos des roches tombées. Sur ce banc, de loin, j’avais aperçu deux êtres. En approchant, je vis qu’ils se tenaient les mains, au mouvement qu’ils firent pour les séparer. Quand je fus encore plus près, je la reconnus tout à coup, elle!

Mais lui?... Lui, c’était un autre.

Une heure plus tard, comme nous avions encore déjeuné dans la même salle, et comme je causais avec la patronne, une amie, je lui demandai:

—Quelle est donc cette jeune femme, là-bas?

—Comment! vous ne la connaissez pas? Mais d’où sortez-vous? C’est la petite Jeanne Riga, du Vaudeville.

—Ah! Et le monsieur?

—Oh! lui... je ne sais point.

Et comme je retournais à mon bord, avec une joie égoïste je songeais à cette comédienne de l’amour qui jouait si bien, si bien, cette comédie-là, qu’elle m’avait rendu tout triste, un soir. Et je plaignais ceux pour qui elle la jouait si bien.

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