Dans un bois où le soleil versait une pluie de lumière, à travers les feuilles, sur une cascade tombant par gouttelettes et par fils et par lamelles transparentes du haut d’un rocher moussu, quatre fillettes de campagne, dont les humbles vêtements gisaient sur l’herbe, faisaient arroser leurs corps frais, roses et jeunes, par le mince voile d’eau qui s’égrenait et glissait sur elles. Deux étaient assises et deux debout frémissantes et ravies, riant d’un rire un peu crispé sous la coulée de l’onde légère qui glaçait leurs chairs mouillées.
Pourquoi cette œuvre, qui lui avait coûté un grand effort, où il avait voulu montrer la quintessence de son talent, lui semblait-elle à présent incomplète et médiocre? Il n’admettait point qu’on la contestât, car il l’avait voulue parfaite, mais au fond de sa conscience d’artiste il la sentait manquée, sans savoir pourquoi, et il devinait que les autres pensaient comme lui, et tout en attendant, en désirant, en exigeant le compliment sans réserve il avait vaguement envie de demander: «Dites-moi donc franchement ce qui ne vous semble pas bon là dedans?»
C’était trop joli, peut-être, pas assez simple, pas assez franc, pas assez sincère.
Les corps trop gracieux, les chairs trop fines, les visages trop gentils faisaient songer à de jeunes modèles recevant, sur une table d’atelier, une cascade imaginaire, et non à quatre petites filles de rustres rafraîchissant dans un ruisseau, par un jour brûlant, leurs maigres jambes de gamines et leurs corps nerveux de jeunes brutes.
Pourtant l’artiste ne doit pas être l’aveugle copiste des choses; tout en les exprimant vraies, il doit les montrer belles, mais comment saisir cette nuance? Aucun raisonnement, aucun calcul, aucun vouloir ne la détermine! Il faut la trouver d’instinct; et quand on ne la découvre pas ainsi, c’est qu’on n’est pas ou qu’on n’est plus un artiste.
Et cette crainte qui l’avait toujours hanté malgré ses succès, qui grandissait en lui depuis quelque temps malgré la certitude de son talent, de son savoir, de la maîtrise de sa main, devenait plus lourde, oppressait son cœur.
Bertin s’élança, etc.
Page 147, ligne 21, neuf et beaucoup d’autres.
Page 148, ligne 9, mieux. Il demanda, souriant un peu, le cœur réchauffé:
—Vous trouvez?