-Bravo, petite, voilà six ans que la moitié des hommes de Paris se pâme devant cette négresse! Je crois qu’ils se moquent de nous. Tiens, regarde plutôt la comtesse de Lochrist.

Seule dans un landau avec un caniche blanc, la comtesse, fine comme une miniature, une blonde aux yeux bruns, dont les lignes délicates, depuis cinq ou six ans également, servaient de thème aux exclamations de ses partisans, saluait, un sourire fixé sur la lèvre.

Mais Nanette ne se montra pas encore enthousiaste.

—Oh! fit-elle, elle n’est plus bien fraîche.

Bertin, qui d’ordinaire dans les discussions quotidiennement revenues sur ces deux rivales, ne soutenait point la comtesse, se fâcha soudain de cette intolérance de gamine.

—Bigre, dit-il, qu’on l’aime plus ou moins, elle est charmante, et je te souhaite de devenir aussi jolie qu’elle.

—Laissez donc, reprit la duchesse, vous remarquez seulement les femmes quand elles ont passé trente ans. Elle a raison, cette enfant, vous ne les vantez que défraîchies.

Il s’écria:

—Permettez, une femme n’est vraiment belle que tard, lorsque toute son expression est sortie.

Et développant cette idée que la première fraîcheur n’est que le vernis de la beauté qui mûrit, il prouva que les hommes du monde ne se trompent pas en faisant peu d’attention aux jeunes femmes dans tout leur éclat, et qu’ils ont raison de ne les proclamer «belles» qu’à la dernière période de leur épanouissement.